Quand l’inspection générale remet certaines pendules à l’heure au sujet des dépenses hospitalières
Jérôme LARTIGAU
Maître de conférences en sciences de gestion
CNAM
L'inspection générale des affaires sociales (IGAS) vient de produire un rapport très intéressant[1]. Rédigé en octobre 2025, mais seulement mis en ligne et par conséquent révélé au public le 18 février 2026, il a pour objectif de mettre en lumière l'impact financier des revalorisations salariales et de l'inflation dans les établissements publics de santé entre 2020 et 2024.
Ce rapport montre de manière très convaincante l'insuffisance de financement des mesures nouvelles et d'autres facteurs exogènes, en particulier s'agissant des charges de personnel. Il indique que « l'estimation de l'impact financier des « chocs exogènes » subis par les établissements publics de santé pendant la période 2020-2024 fait apparaitre un sous-financement d'environ 1,7 Md€ hors impact de l'inflation, principalement imputable à une prise en compte insuffisante du GVT ». Rappelons si besoin en était que le GVT - glissement-vieillissement-technicité - exprime le taux d'évolution incompressible de la masse salariale, principalement du fait de l'ancienneté acquise des personnels. Sans entrer dans les détails techniques d'un rapport extrêmement détaillé, il apparaît donc que le taux du GVT retenu par la DGOS pour le financement des établissements aurait été nettement sous-évalué. Le rapport avance le chiffre minimal de 1,1 Md€, ce qui, convenons-en, représente une somme considérable. Il est également à noter que l'IGAS inclut dans le GVT l'impact des mesures générales issues du Ségur de la Santé, or étant donné l'importance des avancées pour l'ensemble des personnels - médicaux et non médicaux -, la sous-évaluation de l'impact financier des mesures en question ne pouvait être qu'amplifiée[2].
Au total, si l'on prend en compte la sous-estimation des mesures salariales nouvelles, la non compensation de l'augmentation de la rémunération des internes et docteurs juniors et la part du GVT non compensée (en 2024 et en effet cumulé depuis 2020), le « trou » financier s'élève à 1,7 Md€ ! Comme l'indique explicitement l'IGAS, « ce sous financement peut expliquer une part importante de l'augmentation des déficits des EPS ».
Il est assez rare qu'un organisme de contrôle reconnaisse une erreur des services de l'État, la responsabilité du déficit des établissements leur étant généralement imputée. Alors, pour une fois, les gestionnaires hospitaliers peuvent se sentir soulagés de ne pas subir l'opprobre !
Notes :
[1] La compensation financière des revalorisations salariales et de l'inflation dans les établissements publics de santé entre 2020 et 2024 (https://www.igas.gouv.fr/la-compensation-financiere-des-revalorisations-salariales-et-de-linflation-dans-les-etablissements-publics-de-sante-entre-2020-et-2024).
[2] Rappelons que le calcul du GVT n'inclut pas directement les mesures de revalorisations salariales, mais est affecté par elles dans le cadre des éventuelles modifications de grille indiciaire.




