Marketing et marque employeur, construire la confiance plutôt que séduire
Fatima YATIM
Maître conférence
CNAM
Parler de marketing dans le secteur de la santé reste, encore aujourd'hui, un exercice délicat. Le terme suscite des réticences tant il demeure associé à l'univers marchand, avec un objectif de séduction des clients consommateurs. Pourtant, les hôpitaux par exemple, ont progressivement intégré les logiques du marketing, souvent sans les nommer comme telles. La communication institutionnelle comme les démarches d'amélioration de l'expérience patient mobilisent déjà ses principes et ses outils. Et cette première appropriation, tournée vers les usagers, a progressivement ouvert la voie à une extension à d'autres publics stratégiques.
Dans un contexte de tensions croissantes sur les ressources humaines et de difficultés de recrutement durables, les professionnels de santé sont devenus, à leur tour, des parties prenantes centrales. C'est dans ce prolongement que s'inscrit le développement du marketing appliqué à la gestion des ressources humaines, et plus particulièrement à la marque employeur. Lorsqu'il investit ce champ, le marketing change alors de focale et cette inflexion est loin d'être neutre. Elle interroge profondément les pratiques managériales, les discours institutionnels et, surtout, la capacité des établissements à formuler et à tenir une promesse crédible et durable.
Car gérer une marque employeur ne consiste pas simplement à améliorer une image ou à produire un discours attractif. Il s'agit de gérer la réputation d'un établissement comme lieu de travail, et donc la proposition de valeur qu'il offre, ou prétend offrir, à ses professionnels actuels et futurs. Les recherches récentes sur la marque employeur dans le secteur de la santé montrent que les déterminants de l'attractivité et de la fidélisation sont largement liés à des facteurs expérientiels comme le sens du travail, reconnaissance, perspectives professionnelles, équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, climat social et qualité du management. Cette réalité met en lumière un point de tension ; là où les directions peuvent être tentées d'investir prioritairement dans la communication, les professionnels évaluent la marque employeur à l'aune de leur expérience vécue.
Cette divergence de perception, souvent observée entre managers et personnels, constitue l'un des angles morts les plus critiques des démarches de marque employeur. Elle alimente un risque important qui est celui d'un écart entre discours institutionnel et réalité organisationnelle. Et plusieurs recherches soulignent que la marque employeur peut devenir problématique lorsqu'elle n'est pas authentique, notamment dans des organisations pluralistes où se croisent des logiques professionnelles, éthiques et gestionnaires parfois difficilement conciliables. Les exemples sont nombreux : valeurs affichées de bientraitance contredites par des pratiques organisationnelles vécues comme maltraitantes, promesses d'accompagnement non tenues lors de l'intégration, absence de perspectives professionnelles lisibles, etc.
Dans ce contexte, travailler sur la marque employeur ne peut se réduire à un exercice marketing. Cela doit mettre en lumière ce qui abîme ou renforce, au quotidien, la relation entre l'institution et ses professionnels, car une marque employeur alignée sur le vécu du travail est un levier stratégique de confiance et de cohérence. Ici, le marketing ne relève donc pas de la séduction, mais d'une éthique de la vérité.




