Revue de gestion du personnel médical et hospitalier des établissements de santé

EDITO

L'IPA, pour quoi ?

 

Clémence ZACHARIE

Maître de conférences, IAE Gustave Eiffel-UPEC

Parmi les nombreux projets qui ont émaillé le ministère Buzin, celui de la refondation des urgences constitue une source permanente d'innovation et de réflexion. Si le financement de la médecine d'urgence constitue l'un des points de discussions intenses du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2021, la question de la formation des personnels n'est pas elle non plus sans soulever de difficultés. Preuve en est le moratoire demandé récemment par plusieurs sociétés savantes sur la création du statut d'infirmier en pratiques avancées (IPA) médecine d'urgence. Celui-ci était apparu comme un moyen de formaliser et d'encadrer les délégations de tâches qui s'étendaient aussi bien au développement de liens renforcés avec la médecine de ville qu'à la revalorisation de certaines compétences confiées aux paramédicaux. Le statut d'IPA constitue une bonne illustration de ses choix stratégiques. Pourtant, le projet risque pour le moment d'en être différé. Il lui est en effet reproché le fait de ne pas tenir compte de la spécificité technique et des compétences poussées des infirmiers dont l'expérience devrait ici être sollicitée. Ce sont donc des IPA a minima qui ont été envisagés par le ministère. La requête de ces deux sociétés n'est pas en elle-même innocente. Elle est à l'image de la sous-exploitation de l'expérience professionnelle que devrait normalement révéler ce nouveau statut. Il s'agit en effet, dans le projet, plus de former des infirmiers d'orientation et d'accueil que d'associer des personnels expérimentés à des prises en charge complexes et notamment à des cas de gestion de soins critiques. La limitation des missions confiées à ces supers infirmiers rend immédiatement leur création moins intéressante et surtout moins en phase avec le besoin de pluridisciplinarité et de transversalité sectorielle que soulève les urgences. Une autonomie renforcée sur les soins qui figurerait dans l'intégralité du parcours patient, l'intervention au côté des services mobiles d'urgence et de réanimation (Smur) et des services de santé médicaux des sapeurs-pompiers, l'implication dans les services d'urgences, le déchoquage, la réanimation et l'anesthésie mais aussi l'établissement d'un lien étroit avec les soins primaires permettraient à l'IPA nouvellement créé de renforcer efficacement les soins d'urgence dans leur globalité. Les demandeurs de l'introduction d'un moratoire revendiquent ainsi que soit exploitée le plus largement possible cette nouvelle compétence humaine . Mais au-delà de la technique, les contours de cette nouvelle fonction révèlent au final la question plus politique de l'attention portée justement à ce statut d'infirmier de pratiques avancées. La réelle délégation que justifierait cette création d'une spécialité d'urgence suppose une totale confiance de l'ensemble de la communauté hospitalière dans des auxiliaires à la pratique médicale dont l'expertise n'est pas ici reconnue ou à tout le moins exploitée. Cet épisode qui aurait pu passer totalement inaperçu constitue une nouvelle illustration du chemin restant à parcourir pour cette spécialisation en devenir.

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