Revue de gestion du personnel médical et hospitalier des établissements de santé

EDITO

L'avenir du travail après le Covid

 

Jérôme LARTIGAU

Maître de conférences en sciences de gestion

CNAM - Paris

Nombreux sont les DRH ou les observateurs des phénomènes sociaux à s'interroger sur les conséquences à moyen et long terme de la pandémie de Covid-19 sur le travail dans les organisations. La crise sanitaire a remis en cause des schémas organisationnels et managériaux polis par le temps et que l'on croyait immuables : la présence au bureau obligatoire, encadrée par des horaires plus ou moins variables, parfois mesurée par un badgeage associé à un logiciel de gestion des temps, la réunion de service du lundi matin, etc. Tous ces rituels de la condition de l'Homme moderne - abondamment décrits par la littérature ou les fictions télévisuelles[1] - sont-ils destinés à être rangés aux oubliettes de l'Histoire économique et sociale ?

A cet égard, il convient de remémorer l'étude faite par l'association nationale des DRH (ANDRH) en partenariat avec le Boston Consulting Group (BCG) en juin 2020[2]. Cette étude, basée sur un panel de 458 DRH représentant plus de 50% d'entreprises de 300 à plus de 5000 salariés, a fait le point sur les pratiques et les organisations de travail post-Covid. A un an de distance, les résultats sont toujours aussi instructifs et probablement proches de ce que l'on pourrait attendre aujourd'hui. Ainsi, 85% des DRH interrogés considéraient souhaitable le développement pérenne du télétravail dans leur entreprise ; 93% pensaient que cela allait bouleverser les pratiques managériales ; 66% attendaient des gains de productivité liés au développement du télétravail ; 25% avaient mis en oeuvre des organisations plus agiles ; mais 88% considéraient que le développement du télétravail présentait des risques de cohésion au sein de l'organisation 66% pensaient même probable l'augmentation des risques psychosociaux.

Cette question du télétravail et de ses conséquences organisationnelles peut paraître saugrenue s'agissant des établissements de santé, « entreprises » de main d'oeuvre par excellence, dans lesquelles près des 2/3 du personnel sont en prise directe avec le public, dans le cadre d'une présence physique non seulement obligatoire, mais consubstantielle à l'exercice-même de la mission. Toutefois, notre lectorat est mieux placé que quiconque pour savoir qu'une partie non négligeable du personnel des établissements de santé exerce une activité sédentaire, identique à toute entreprise de service et par conséquent « télétravaillable ». De fait, le débat ouvert pour les entreprises du secteur concurrentiel s'invite également dans les établissements de santé. Avec des conséquences qui pourraient être quelque peu surréalistes : un(e) DRH devant s'assurer de la présence des personnels de soin auprès des patients et des résidents lors même que ses propres collaborateurs (et peut-être elle ou lui-même) seraient à leur domicile en télétravail !

Notes :

[1] Le lecteur pourra revoir à cette occasion la célèbre série « The Office » (dans sa version britannique)

[2] COVID : le futur du travail vu par les DRH ; étude BCG - ANDRH juin 2020

 

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