Revue de gestion du personnel médical et hospitalier des établissements de santé

EDITO

Haute fonction publique, le grand chambardement ?

 

Jérôme LARTIGAU

Maître de conférences en sciences de gestion

CNAM - Paris

La décision a surpris tout le monde en ce mois d'avril: la suppression de l'ENA. Serpent de mer de la vie politique française, le devenir de cette école emblématique de la noblesse d'Etat - voire de l'oligarchie selon certains commentateurs - semble enfin tranché. Rappelons que cette question revient périodiquement sur le devant de la scène depuis une quinzaine d'années sans que rien ne change fondamentalement, ce statu quo accréditant la thèse d'une incapacité des décideurs politiques à faire évoluer la haute fonction publique, ces derniers, quels que soient leurs orientations, se heurtant de fait à ce que l'on appelle désormais « l'Etat profond ». D'où la surprise de l'annonce par le Président de la République de la prochaine suppression de l'école sous sa forme actuelle et son remplacement par l'institut du service public (ISP). Cet ISP regrouperait 13 écoles existantes dont celles formant aux métiers de la fonction publique hospitalière.

Cette décision était cependant nécessaire d'un point de vue politique. Il fallait d'abord donner une réponse - quelle qu'elle soit - à la crise des gilets jaunes ; face à une crise de cette ampleur, la portée symbolique de certaines annonces n'est pas négligeable. Ensuite on ne peut qu'être frappé par l'atmosphère de méfiance vis-à-vis des élites qui règne dans notre pays. Avec la crise du Covid-19, cette méfiance ne concerne plus seulement les élites politiques, elle s'est étendue aux « sachants » et experts scientifiques. Rester dans le statu quo aurait accrédité le sentiment d'injustice et la défiance qui prévalent désormais dans une part croissante de la population.

Elle était nécessaire également d'un point de vue plus technique. Alors que le gouvernement a voté la loi du 6 août 2019 dite de « transformation de la fonction publique », laquelle ambitionne de remettre en cause en profondeur un certain nombre de principes de gestion de la fonction publique, il eût été incompréhensible que la haute fonction publique - et notamment celle de l'Etat - échappe au mouvement de réforme. D'une certaine manière, la suppression de l'ENA dans sa forme actuelle est un peu la cerise du « gâteau » de la réforme de la fonction publique.

Les personnels de direction des établissements de santé, depuis longtemps pris en tenailles entre d'une part une administration centrale perçue comme lointaine et déconnectée des réalités et d'autre part les personnels de leurs établissements, ont-ils quelque chose à attendre de cette réforme qui les concerne aussi ? Il est bien sûr encore trop tôt pour le dire mais il y a au moins un point qui semble certain : la singularité de ces corps de direction qui avait fait la fierté des anciennes générations risque d'appartenir bientôt à un passé révolu.

 

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