Revue de gestion du personnel médical et hospitalier des établissements de santé

EDITO

De quoi la crise de l'hôpital est-elle le nom ?

 

Frédéric SPINHIRNY

DRH de l'Hôpital Universitaire Necker-Enfants Malades, Philosophe, auteur notamment de Hôpital et modernité. Comprendre les nouvelles conditions de travail (Editions Sens&Tonka, 2018)

Depuis le début du 21e siècle, l'hôpital se présente mal. En 2003, un rapport évoquait son « désenchantement »; aujourd'hui l'emploi permanent du terme « crise » décrit, comme en médecine, un changement rapide, brutal et grave, de l'état de santé: c'est le moment crucial et urgent pour prendre une décision afin de rétablir la stabilité ou de prendre le chemin d'un nouveau régime. Toutefois, une crise urgente qui dure depuis plus de dix ans, n'est plus une crise mais une nouvelle forme d'organisation sociale. L'autre nom de la crise de l'hôpital, c'est l'insubordination. A notre sens, trois formes d'insubordination modifient radicalement le monde hospitalier.

Il y a la manière de servir elle-même, de respecter l'autorité et le sens du collectif, de solliciter les corps intermédiaires, qui s'est modifiée progressivement, sous l'influence d'une société libérale plus permissive. Souvent vécue comme une dégradation, un conflit entre anciens et modernes, il s'agit surtout de trouver de nouvelles manières de travailler ensemble. L'encadrement devient management, le travail n'est plus obtenu par l'ordre mais la motivation, les relations doivent être fluides, liquides, distanciées et non abruptes, imposées, intrusives.

Puis il y a la nouvelle relation au contrat de travail. Jusqu'à récemment, la subordination du salarié était obtenue par deux arguments massifs : la guerre ou la concurrence (« l'actualité/le contexte nous oblige à... ») et la présence d'une armée de réserve de travailleurs (« si ça ne vous plait pas, il y en a 100 qui attendent derrière la porte »). Aujourd'hui la pénurie sur les recrutements et la mise en avant des soignants pour gérer les crises sanitaires, inversent le rapport de force. D'autres comportements se développent : négociation de rémunération, démission sans préavis, disponibilité, etc. Il y avait le « laisser faire (les hommes), laisser passer (les marchandises) » de l'économie classique ; nous avons désormais le « ne plus se laisser faire » du monde post-moderne.

Enfin, il y a l'insubordination absolue, celle de l'évènement extérieur inattendu. La catastrophe, la pandémie, ne répondent à aucun principe supérieur. Elles sont là, déjouant les prévisions, questionnant l'assurance des temps de paix. Ce qui désorganise croît silencieusement, dans l'ombre, à mesure que nous pensons précisément connaitre les déterminants de la santé publique et maitriser les organisations du système de santé.

Que décider alors pour sortir de la crise ? Les transformations n'ont-elles pas déjà eu lieu ? Le nouveau monde n'est-il pas justement déjà derrière nous ? Une proposition simple : si l'hôpital est l'ultime recours aujourd'hui, qu'il soit donc celui qui initie tous les commencements pour demain.

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