Rentrée 2026 : derrière les tensions, l’humain
Luc LE PROVOST
Enseignant-chercheur
Institut Catholique de Rennes
L'été s'achève. Pour beaucoup, il aura été synonyme de congés et de parenthèse. Pour les professionnels de santé, la réalité a souvent été bien différente. Une nouvelle fois, il a fallu assurer la continuité des soins avec des équipes réduites, absorber les tensions et faire face aux fortes chaleurs.
La canicule du mois d'août en donne une illustration très concrète. Entre le 11 et le 17 août, 91 % de la population hexagonale a connu au moins une journée de vigilance orange. Au plus fort de l'épisode, le 14 août, Santé publique France recensait 305 passages aux urgences liés à la chaleur. Plus de la moitié concernaient des personnes âgées de 75 ans ou plus[1].
Ces chiffres racontent une partie de l'histoire. Mais seulement une partie. Derrière chaque passage aux urgences, chaque hospitalisation, chaque planning remanié au dernier moment, il y a des professionnels. Des soignants, bien sûr, mais aussi des cadres, des personnels administratifs et techniques, des directions. Tous ceux qui permettent, parfois dans une relative invisibilité, à notre système de santé de continuer à fonctionner.
Et la pression ne se limite évidemment pas à l'été. En 2024, les services d'urgence ont enregistré 21,3 millions de passages, en augmentation de 2,5 % sur un an[2]. Plus récemment, la DREES montrait également que la moitié des patients pris en charge aux urgences en 2023 y restaient plus de 3 h 10, contre 2 h 15 dix ans auparavant[3].
Face à cette situation, les pouvoirs publics veulent réduire de moitié les passages considérés comme évitables aux urgences, soit près de quatre millions de passages par an[4]. L'objectif est compréhensible. Mais aucune transformation ne pourra réussir sans celles et ceux qui devront, concrètement, la mettre en oeuvre.
C'est peut-être là que se situe l'un des principaux enjeux RH de cette rentrée.
Depuis plusieurs années, nous parlons d'attractivité, de fidélisation, de qualité de vie au travail, de reconnaissance ou encore de management. Ces mots sont désormais familiers. La question est de savoir ce qu'ils changent réellement dans le quotidien des équipes.
Car recruter ne suffit pas si l'on ne parvient pas à garder. Réorganiser ne suffit pas si l'on épuise ceux qui portent la transformation. Et demander aux professionnels de « tenir » ne peut pas constituer une politique RH.
Cette rentrée 2026 doit donc aussi être l'occasion de regarder notre système de santé à hauteur des hommes et des femmes qui le compose. Ceux qui le font fonctionner chaque jour. Ceux dont on mesure souvent l'importance lorsqu'ils viennent à manquer.
Notes :
(1) Santé publique France, Canicule et santé en France. Bulletin du 19 août 2026.
(2) DREES, Les établissements de santé en 2024 - Édition 2026, mai 2026.
(3) DREES, Urgences : la durée de passage a augmenté en dix ans pour tous les types de parcours, 2 juin 2026.
(4) Ministère de la Santé, Réduire les passages évitables et désengorger durablement les services d'urgences, 5 juin 2026.



