Revue de gestion du personnel médical et hospitalier des établissements de santé

EDITORIAL

La santé mentale, un défi pour la société... et pour les établissements de santé

Jérôme LARTIGAU

Maître de conférences en sciences de gestion

CNAM

Dans le précédent éditorial de la revue, mon estimée collègue Sandra Bertezène mettait en exergue les paradoxes qui entravent la politique de santé mentale du gouvernement, pourtant qualifiée de grande cause nationale en 2025. L'actualité récente éclaire d'un jour nouveau cette thématique, car, à l'heure où ces lignes sont écrites, la ministre de la Santé vient d'annoncer la mise en place d'un dispositif « coupe-file » pour permettre à des jeunes « repérés » par l'Éducation Nationale comme « ayant un trouble éventuel de santé mentale » d'« obtenir un rendez-vous dans les 24 - 48 heures ». L'objectif étant bien sûr d'agir rapidement et d'éviter un passage à l'acte dont des exemples récents montrent que son auteur n'est pas toujours la seule victime.

Il est indéniable que la dégradation de la santé mentale de la population française et en particulier des jeunes est désormais un phénomène massif et largement documenté[1]. Par ailleurs, depuis une dizaine d'années et singulièrement depuis l'épidémie de Covid-19, le nombre d'admissions de jeunes aux urgences psychiatriques a explosé, qui plus est dans un contexte de crise de la psychiatrie[2]. Pour résumer la situation, tous les indicateurs sont au rouge et la France - comme la plupart des pays occidentaux - a un sérieux problème avec sa jeunesse et donc son avenir.

Au-delà de l'effet d'annonce d'une mesure, dont nul ne peut encore dire si elle sera réellement suivie d'effet compte tenu de la complexité organisationnelle qu'elle engendre et surtout des moyens qu'elle nécessite, il convient de se pencher sur un questionnement beaucoup plus profond et beaucoup plus ardu : comment enrayer un phénomène sans réfléchir sur ses origines. En effet, à l'heure des médias sociaux, des chaînes d'info en continu et de la parole performative, il est habituel pour un gouvernement de faire des annonces, ne serait-ce que pour donner l'impression à l'opinion publique qu'il prend les choses en main. Mais la réalité est autrement plus complexe et si les pouvoirs publics peuvent essayer de soigner les symptômes, il leur est bien plus difficile de lutter contre ses causes.

Un sondage mené auprès de nos concitoyens ferait certainement apparaître comme causes principales l'utilisation des outils numériques et des médias sociaux - en particulier de Tik-Tok - et l'impact désastreux des confinements pendant l'épidémie de Covid. Ces causes sont bien sûr unanimement reconnues, mais d'autres facteurs, tels que l'angoisse suscitée par la situation géopolitique mondiale, la peur d'un avenir décrit comme menaçant, voire catastrophique, ainsi que d'un individualisme croissant générateur d'une solitude propice à la dépression contribuent aussi à expliquer la situation[3]. En réalité, nos sociétés modernes sont confrontées à un malaise civilisationnel profond, qu'elles essaient de résoudre par une psychiatrisation accrue, ce qui ne fait qu'amplifier le problème selon certains auteurs[4].

Une chose est certaine : ce phénomène majeur ne concerne pas les établissements hospitaliers que pour la surcharge d'activité qu'il engendre, mais aussi en leur qualité de futurs employeurs, car cette partie de la jeunesse en mal-être constitue aussi une partie de la relève !

Notes :

[1] Rapport de l'observatoire national du suicide (2025), étude de la Mutualité Française et des instituts Montaigne et Terram (2025), rapport Santé Publique France (2026)

[2] Mission d'information sur la prise en charge des urgences psychiatriques (2024)

[3] Valentin, V. (2026), Malaise dans la génération Z, Gallimard

[4] Shrier, A. (2024), Bad Therapy - Why The Kids Aren't Growing Up, Swift Press

Au sommaireN°195
Juillet 2026

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