Revue de gestion du personnel médical et hospitalier des établissements de santé

EDITO

« Les urgences hospitalières », vous avez dit urgence ?

 

Karim AMRI

Directeur d'Hôpital

Les urgences ont accueilli depuis 2006, 10 Millions de patients de plus en 10 ans, soit 21,2 Millions de passages en 2016, pour un coût de 3,1 milliards d'Euros (+4% par an) 1 .

Cette explosion est une des conséquences de la désorganisation que connaît depuis quelques années la médecine de ville, en raison notamment d'une démographie médicale stagnante et inégalement répartie sur le territoire national. En outre selon la Drees, près de 4 millions de personnes habitaient à fin 2015 à plus d'une demi-heure des urgences 2 .

En effet, le recours à des services d'urgence faute d'un recours de proximité engendre une saturation de certains services où près de 30 000 personnes auraient passé la nuit dans un brancard depuis l'été dernier selon le Syndicat Samu-Urgences de France. Cette situation, naturellement source de tensions, n'est pas sans conséquences sur les agressions, qui sont passées de 2 162 en 2015 à 2 354 en 2016 puis ...à 3 486 en 2017.

L'effet d'aubaine « budgétaire » pour les hôpitaux s'est ainsi progressivement transformé en effet de calvaire. En effet, le Forfait Accueil et Traitement des Urgences (ATU) par passage qui vient se cumuler à un Forfait Accueil Urgences (FAU) en dotation par seuils, a poussé la Cour des Comptes à préciser que « ce dispositif tarifaire complexe incitait à l'activité au lieu d'encourager les efforts de régulation ».

A cela s'ajoute, les 9 600 praticiens des urgences qui sont manifestement en nombre insuffisant pour encaisser ces afflux de masse et ce, notamment depuis la réforme du temps de travail de 2015 pour mise en conformité avec la réglementation européenne (engendrant un besoin de 20 % d'ETP supplémentaires). Si par voie de conséquence le recours à l'intérim a ainsi radicalement explosé en terme de coûts, il n'a surtout en rien facilité en parallèle, dans ce contexte d'épuisement généralisé, le « travail d'équipe » avec les soignants, assurément facteur de causalité en matière de RPS.

Force est de reconnaître également que la relation Médecine de Ville-Hôpital s'apparentant toujours à une relation d'un vieux couple s'aimant mais vivant séparément, ne participe pas à la fluidification des parcours, en l'occurrence via cette porte d'entrée embolisée.

Aussi, l'orientation visant à s'inspirer des Walk Centers , en développant des centres de soins non programmés dotés d'un plateau technique léger, tarde à se mettre en place. Les attentes ainsi liées à la mise en place des 1 000 premières Communautés Professionnelles de Territoire de Santé , en lien avec les 500 à 600 hôpitaux de proximité dans le cadre de Ma Santé 2022 sont bien réelles.

La question aujourd'hui est de savoir si seule cette vitrine de l'hôpital, est fissurée ou si c'est tout le modèle qui est en train de se fissurer faute d'absence encore à ce jour de la mise en place du nouvel échiquier, consécutif à cette transformation du Service Public de Santé...

Notes :

(1) Rapport annuel Cour des Comptes 2019, « Les urgences hospitalières, des services toujours trop sollicités ». Février 2019

(2) Les Dossiers de la Drees - « Les Déserts médicaux : Comment les définir ? Comment les mesurer ? » - Mai 2017. N°17

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