Revue de gestion du personnel médical et hospitalier des établissements de santé

EDITO

Crise des gilets jaunes : quelles conséquences pour le secteur public hospitalier ?

Jérome LARTIGAU

Docteur en sciences de de gestion

Maître de conférences - CNAM - Ancien directeur d'hôpital

La crise des gilets jaunes a fait revenir en force la question sociale dans le débat politique. Plus de 30 ans de dégradation continue du pouvoir d'achat pour une grande partie des salariés - et bien sûr des fonctionnaires et agents publics hospitaliers - a fini par engendrer le plus grave conflit social que notre pays a eu à connaître depuis 50 ans.

Face au risque de chaos généralisé, le gouvernement n'avait d'autre choix que d'essayer de reprendre le contrôle de la situation en proposant une série de mesures d'urgence, en attendant les résultats du grand débat. Bien que la plupart de ces mesures soient de nature fiscale, elles ont fait naître dans la population des espoirs de revalorisation salariale. En effet, outre le consentement à l'impôt, la présence des services publics en milieu rural, la mobilité et bien d'autres sujets, le mouvement a mis en lumière la faiblesse relative des rémunérations en France (le salaire médian est d'environ 1700 nets par mois en 2018), surtout quand on considère le niveau de prélèvements obligatoires (plus de 45 % du PIB). Ce constat vaut pour la fonction publique avec cependant de très grands écarts et inégalités entre les trois fonctions publiques.

Les fonctionnaires et agents publics s'estiment pour une grande partie d'entre eux insuffisamment rémunérés pour le travail qu'ils font. C'est sans doute encore plus vrai pour les personnels soignants qui ont des contraintes professionnelles importantes et qui sont confrontés à des situations humaines très difficiles. Certes la rémunération moyenne des personnels en place (RMPP) augmente mais principalement en raison des politiques indemnitaires et surtout de l'avancement. Si l'on considère en revanche le point d'indice - qui constitue la clé de voute de la rémunération principale - l'augmentation est très faible. Comme l'a démontré le rapport Pêcheur de 2013, il n'a augmenté que de 0,79 % entre 1999 et 2011 alors que l'inflation était de 1,64 % en moyenne annuelle sur la même période. Hormis en 2016 et 2017, le point d'indice est resté quasiment bloqué depuis 2010. Dans le même temps, la revalorisation régulière du SMIC a contribué à déstructurer la grille indiciaire et accentuer le tassement des rémunérations.

Faut-il donc s'attendre à une revalorisation salariale dans la fonction publique dans la foulée du mouvement des gilets jaunes ? Cela est peu probable compte tenu de l'état des finances publiques : n'oublions pas qu'une augmentation de 1 % de la valeur du point d'indice représente un coût d'environ 1,8 milliard d'euros pour les trois fonctions publiques, ce qui est évidemment très coûteux pour un bénéfice politique quasi-nul. Le scénario le plus probable sera un maintien de la réactualisation automatique du SMIC (avec ses conséquences sur la grille de catégorie C) et des gestes de nature fiscale pour adoucir la situation de la majorité de nos concitoyens.

Si l'éventail des mesures ne change pas, il restera au bout du compte une facture estimée à dix milliards d'euros qui devrait faire passer le déficit public au-delà de 3,2 % du PIB. En l'état actuel de tensions budgétaires sur le secteur hospitalier public, cette perspective risque hélas de peser lourd.

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