Revue de gestion du personnel médical et hospitalier des établissements de santé

EDITO

Après la loi du 26 avril 2021 : que deviennent les pôles ?

 

Jean-Marie BARBOT

Consultant

A ceux qui pouvaient encore s'interroger sur l'organisation de l'hôpital, la loi du 26 avril dernier apporte une réponse claire : le service constitue désormais « l'échelon de référence en matière d'organisation, de pertinence, de qualité et de sécurité des soins, d'encadrement de proximité des équipes médicales et paramédicales, d'encadrement des internes et des étudiants en santé ainsi qu'en matière de qualité de vie au travail ».

Une formulation qui conduit inévitablement à s'interroger sur le devenir de la gestion polaire qui a été un des volets essentiels de la « nouvelle gouvernance hospitalière ».

Cette réforme, il faut le rappeler, procédait d'une vision systémique et managériale nouvelle et ambitieuse adaptée au pilotage médico-économique induit par la T2A .

Elle reposait sur le principe de subsidiarité, au bénéfice de structures regroupées afin d'atteindre une taille critique pour une meilleure organisation des soins et pour une gestion optimale des moyens humains et matériels.

Certes, les critiques de certains lobbies n'ont jamais cessé pour dénoncer cette réforme déjà « disruptive »...

Mais comment nier l'intérêt de ce modèle dont le rapport des conférences hospitalières de la FHF (2014) a démontré la pertinence ?

Comment oublier également que cette réforme a permis de remédier à la « balkanisation » de l'hôpital dont les effets sont toujours délétères ?

Comment contester, à la lumière de plusieurs expériences réussies, que la gestion polaire, lorsqu'elle s'appuie sur la contractualisation et la délégation, est un des leviers essentiels de la performance hospitalière ?

Enfin, quel intérêt y-a-t-il aujourd'hui à éclater l'organisation interne de nos établissements alors que l'ordonnance du 17 mars 2021 favorise désormais la mutualisation territoriale des RH médicales et que se mettent en place les projets médico-soignants de GHT pouvant prendre appui sur les pôles inter-établissements prévus par la réforme de 2016 ?

Mais, ite missa est  : le rétablissement des services est en marche et remet inévitablement en question la place de pôle dont le responsable est désormais réduit à favoriser « la concertation entre les services, les départements, les unités et les structures qui composent le pôle ».

La loi prévoyant par ailleurs la possibilité d'organiser désormais librement le fonctionnement médical en créant de nouvelles « structures médicales et médico-techniques », il ressort du volet organisationnel de cette réforme une obscure clarté visant sans doute à dissimuler son principal objectif qui est de remettre en cause, en l'absence d'un véritable bilan, l'organisation polaire mise en place il y a seize ans.

Seul l'avenir dira si cette loi qui se veut de « simplification » n'aura pas finalement contribué à complexifier, s'il en était encore besoin, une organisation hospitalière toujours en quête de cohérence, de visibilité et de stabilité.

 

Newsletter de Santé RH

Inscrivez-vous et soyez informé de nos nouvelles parutions et de l'actualité de notre site