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Dans le n° 103 - Mars 2018

Par Raoul TACHON


Augmenter le taux d'encadrement en EHPAD, quels enjeux pour les financeurs ?

La dernière enquête EHPA de la DREES situe le taux d'encadrement en EHPAD, tous statuts confondus, à 0,628 ETP par place installée, sachant que le taux d'occupation des places est de 97% en 2016.

Le consensus est assez large pour considérer que ce taux d'encadrement ne permet pas une prise en charge de qualité compte tenu de l'évolution de la population accueillie, qui compte désormais 55% de GIR I et II et environ 40% de résidents classés dans la catégorie " déments déambulants ".

A titre de comparaison, le taux d'encadrement dans une clinique psychiatrique, ou les questions de dépendance et de nursing sont beaucoup moins prégnantes, est de l'ordre de 0,8.

En 2006, le Plan de Solidarité Grand Age prévoyait un ratio de 1 agent, tous métiers confondus, pour 1 résident.

Que se passerait-il si on décidait dans un premier temps de porter ce ratio à 0,8, en faisant porter les efforts sur les qualifications d'aides-soignantes et d'IDE ?

Sur une base de 600 380 places installées recensées par la DREES en EHPAD fin 2015, le passage du taux d'encadrement de 0,628 à 0,8 impliquerait le recrutement de 103 000 agents.

En prenant pour hypothèse que 75% d'entre eux auraient une qualification AS/AMP et 25% une qualification IDE, et en retenant un coût chargé moyen de 38 k€ pour une AS et 54 k€ pour une IDE, le coût annuel serait de l'ordre de 4,3 milliards d'euros pour les financeurs que sont l'assurance-maladie et le département.

Le budget de la CNSA pour 2018 mentionne 2,3 milliards de recettes au titre de la " journée de solidarité " travaillée (en échange d'une cotisation de 0,3% pour les employeurs) et 0,7 milliard au titre de la cotisation additionnelle de solidarité de 0,3% appliquée sur les retraites depuis 2013.

Si l'on ne touche pas plus avant aux revenus des retraités qui ont vu leur CSG augmentée en 2018, ce sont, par exemple, deux journées fériées supplémentaires qu'il faudrait sacrifier à un traitement plus humain des personnes âgées dépendantes.

On est bien loin des 50 M€ dédiés aux EHPAD pénalisés par la réforme tarifaire ou de la petite enveloppe additionnelle destinée à la prévention.

L'enjeu n'est pas seulement économique : trouver sur le marché du travail 75 000 AS et 25 000 IDE - soit environ 100% d'une promotion annuelle d'IFSI- est mission impossible à court terme.

Au-delà du traitement médiatique émotionnel de la situation dans les EHPAD, c'est la question de la réponse collective à la problématique de la dépendance qui doit être de nouveau posée.



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